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El legado de los salvadores en otros idiomas:


El legado de los salvadores (Francés)
UNE LEÇON DE VIE: LE LEGS DES SAUVETEURS
Trad: Hélène Gutkowski, Maurice Ajzensztain sobrevivientes de la Shoa, Adrian Drut, hijo de sobrevivientes.

Alors que la Shoah - l´Holocauste - faisait rage dans une Europe presque entièrement occupée par les Nazis, j´ai sauvé des Juifs. Je l´ai fait pleinement conscient du risque que j´encourais et en faisant fi des lois en vigueur qui accusaient les Juifs de tous les maux imaginables. Véritable incitation à la dénonciation, cette législation aboutissait, dans tous les cas, à la détention des Juifs, à leur assassinat. Je savais qu´en cas d´être découvert, je ne courrais pas meilleur sort que ceux qui étaient persécutés. J´ai réagi sans réfléchir pratiquement et comme j´ai pu, face à la souffrance, à l´humiliation, à l´injustice et au crime. Ces hommes et ces femmes n´avaient pas été mis au ban des accusés pour avoir commis un délit; leur crime était… d´être nés Juifs; ils étaient inculpés de charges qu´ils ne comprenaient pas et dont ils ne pouvaient ni se défendre ni protéger leurs enfants. Je ne pouvais rester indifférent! Même s´ils n´appartenaient pas à ma famille, même s´ils ne faisaient pas partie de mes amitiés et même si certains d´entre eux m´étaient tout à fait inconnus, il m´était impossible de continuer à vivre ma propre vie si je ne leur tendais pas la main. Leurs caractéristiques physiques étaient peut-être différentes de celles de mon entourage et différente aussi leur façon de penser, leurs croyances étaient autres que les miennes, certes, et leur parler, étrange, mais ces différences ne m´empêchaient nullement de me rendre compte qu´ils étaient humains au même titre que moi; au contraire, elles me renvoyaient une image qui me dévoilait que pour eux, c´était moi le différent! L´humanité implique diversité et les variantes entre individus et entre groupes humains sont propres à notre essence. Faire un tort à quelqu´un, c´est comme se l´infliger à soi-même; dans une certaine mesure, je suis responsable de ce qui se passe autour de moi. J´ai vaincu la tentation de me résigner à l´idée qu´on ne pouvait rien faire. Et je n´ai pas été le seul. Même s´ils n´ont été qu´une minorité, d´autres, comme moi, ont démontré par leurs actions qu´il est toujours possible de faire quelque chose.

Bien sûr que j´ai eu peur. Bien sûr que les choses n´ont pas été faciles et qu´à plusieurs reprises j´ai vécu dans l´angoisse, atterré par ce qui pourrait m´arriver, regrettant ma tranquillité perdue. Mais l´heure n´était ni aux plaintes ni aux regrets ni aux faiblesses: dans cette horreur asphyxiante, il fallait agir sans perte de temps, il fallait trouver des caches, d´authentiques faux-papiers, de la nourriture en quantité supérieure à ce qui correspondait, de l´argent, des médicaments. Il fallait faire face aux problèmes produits par les maladies et aux embûches qui surgissaient à chaque pas. Il fallait essayer de découvrir parmi les membres de sa famille, parmi ses voisins, ses amis et ses connaissances, ceux qui consentiraient à aider, tout en cachant aux autres ce que l´on faisait pour éviter d´être dénoncé. J´ai dû mentir, j´ai dû graisser la patte et faire semblant en même temps de vivre normalement pour que personne ne suspecte quoi que ce soit. Je savais que je pouvais être découvert. J´ai pris d´extrêmes mesures de précaution et j´ai eu une chance que d´autres n´ont pas eue: celle de pouvoir sauver des vies humaines et de ne pas être découvert.

Ce que j´ai fait était expressément défendu. J´ai commis le délit de désobéir à la loi, conscient de mes actions et à la fois absolument convaincu que ce que je faisais était correct. Face à ce que la loi m´imposait, j´ai choisi de faire ce qui me semblait légitime, de faire le Bien tel que je l´entends: une loi qui encourage le Mal est inadmissible pour moi. Bien que la propagande fomentait toute sorte d´explications pour démontrer que ces personnes n´étaient pas… des personnes, mais des ennemis, et que pour le bien de l´espèce humaine, ces ennemis devaient disparaître, je ne pouvais pas ne pas voir en chacune d´elles un être ayant les mêmes droits que moi à la VIE. Certains préceptes de morale se situent au-dessus de toute loi, ce sont ceux qui nous guident et que j´essayerai de transmettre à mes enfants pour que ceux-ci à leur tour les transmettent aux leurs. Le Bien est un concept clair et simple à mes yeux, qui peut se réduire à un simple « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Or, tout être humain est, à mon sens, mon prochain, qu´il pense ce qu´il pense, qu´il croît en ce qu´il croît, qu´il parle comme il parle et quel que soit son aspect physique! Voilà ce que je laisse au monde en héritage. C´est ce que l´on m´a enseigné; c´est ce que j´ai appris. Ce que j´ai fait ne mérite aucune reconnaissance particulière; c´était ce qu´il fallait faire!

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Sunday 12-Feb-2006 7:58 PM
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